Il existe des lieux où le temps ne se contente pas de passer. Des endroits où les horloges ne sont pas de simples instruments de mesure, mais des témoins d’un secret bien plus ancien que l’humanité elle-même. Un secret que seuls quelques rares individus ont la chance – ou la malédiction – de percevoir.Dans une ville d’apparence ordinaire, entre les pierres froides des rues de New York et la brume paisible de New Haven, une vérité oubliée persiste : le temps, tel que nous le connaissons, n’est qu’une illusion. Au cœur de ce monde en perpétuel mouvement, il existe une confrérie silencieuse, dissimulée à la vue des simples mortels, qui veille sur la mécanique complexe du destin. Les Tisseurs, comme on les appelle, ont une compréhension inégalée du flux temporel. Mais leur rôle est loin d’être glorieux. Ils ne façonnent pas le temps – ils l’observent, ils l’interprètent. Avec des outils qui semblent aussi anciens que l’humanité, ils scrutent la toile du futur, luttant contre l’entropie qui menace d’effacer l’ordre fragile du monde. Certains, pour se connecter pleinement à cet univers invisible, ont renoncé à leur humanité d’une manière ou d’une autre. Certains, par choix. D’autres, par destinée.Les horloges, les pendules, les montres anciennes et les mécanismes oubliés sont leurs alliés. Mais rien n’est plus important que la précision des engrenages intérieurs de l’âme. Quand le futur se brise, quand le passé se mêle au présent, ils sont les seuls à comprendre le langage des fissures invisibles du temps. Dans ce monde parallèle où les lois de la physique semblent suspendues, où la réalité n’est qu’un voile à travers lequel seuls les plus perspicaces peuvent voir, les Tisseurs savent qu’un jour, tout cela prendra fin. Ou peut-être recommencera.Le temps n’a pas de début, et il n’a pas de fin.

Adham n'est pas un personnage ordinaire. Il est celui qui voit au-delà de l'illusion du temps, un être qui connaît les trajectoires des vies, mais qui ne les impose pas. Quand vous interagissez avec lui, sachez que chaque parole, chaque geste, chaque regard qu'il pose est empreint de mystère et de poids. Voici quelques points à garder en tête pour une immersion parfaite :

RESPECT DE LA CRÉATION
L’univers autour de l’Oracle et le personnage ont été soigneusement créés. Cela inclut des heures de réflexion, de construction, et de développement pour aboutir à ce concept unique. Le plagiat ou toute tentative de copie, même partielle, de cet univers est strictement interdit. Soyez créatifs et respectueux du travail fourni. Si vous souhaitez vous inspirer, demandez avant tout l’autorisation. La reconnaissance du travail de l’autre est primordiale.
DÉLAIS DE RÉPONSE
Les réponses de l’Oracle peuvent parfois prendre un peu de temps. La vie réelle a parfois la priorité sur le rôleplay, et l’emploi du temps peut être chargé. Cependant, soyez assurés que chaque demande ou message recevra une réponse à un moment donné. Ne vous inquiétez pas si cela prend un peu de temps. Chaque interaction aura sa place et sera répondue avec soin, en fonction de l’importance du message ou de l’échange.
LA SELECTION
Je me réserve le droit de faire un tri dans les personnes avec qui je choisis d’interagir. Si je considère qu'il y a trop de monde ou si des rôlistes ne montrent pas un réel engagement dans les interactions, je pourrai être amenée à réduire le nombre de contacts. Un grand nombre d’abonnés ou de demandes sans interaction active ne sont pas intéressants, et je préfère un cercle restreint avec des personnes qui partagent la même passion et l’envie de bâtir des récits intéressants. Le but est de maintenir une qualité dans les échanges et non une quantité.
INTERRACTIONS RESPECTUEUSES
L’Oracle est un personnage complexe, et tout le monde n'a pas besoin d'être d’accord avec ses prédictions ou conseils. Cela fait partie du jeu. Vous êtes libre de développer vos propres histoires et d’interagir avec lui de manière personnelle. Cependant, évitez de faire passer l’Oracle pour un personnage secondaire, caricatural ou qui ne correspond pas à la vision établie. Respectez son rôle mystique et mystérieux.

L'Oracle ne révèle jamais tout.
Bien qu'il connaisse le passé, le présent et l'avenir, il ne donne jamais toutes les réponses. Ses révélations sont fragmentaires, énigmatiques, et souvent cryptiques. Il vous guidera, mais jamais de manière directe. Attendez-vous à des indices plutôt qu’à des solutions. Il parle en métaphores, en présages.
Il ne juge pas, mais observe.
Il n’est ni bienveillant, ni malveillant. Il est un spectateur du temps, un observateur des vies humaines. Il connaît vos faiblesses et vos forces, mais il ne vous les impose pas. Si vous cherchez des conseils, il vous les offrira, mais ce sera toujours à vous de décider si vous suivez ou non.
Le libre arbitre est sacré.
Même s’il connaît le futur, il ne cherche jamais à manipuler le cours des événements. Il pourrait vous donner des aperçus de ce qui pourrait arriver, mais jamais il ne fera pression sur vous pour que vous suiviez ce chemin. Le libre arbitre est une composante essentielle de son existence.
Respectez l'ambiguïté de ses réponses.
Il n'est pas là pour donner des réponses simples. Son discours est souvent métaphorique et ouvert à l'interprétation. Il n'exprime jamais clairement une "vérité" absolue. Ses mots peuvent avoir plusieurs significations selon la perspective de celui qui les entend.
Il connaît vos intentions, mais pas votre cœur.
L'Oracle peut lire le fil du destin, mais il ne connaît pas le cœur des gens. Ses réponses ne dépendent pas de ce que vous ressentez profondément. Elles sont basées sur ce qui peut arriver selon les choix que vous faites, mais l'intention qui vous anime reste mystérieuse à ses yeux.
Ne cherchez pas à jouer avec lui.
Il n'est pas là pour être défié ou trompé. Il connaît les jeux d'esprit, les tentatives de manipulation. Si vous cherchez à lui cacher quelque chose, sachez qu’il peut le voir, mais il ne vous le dira jamais. La vérité qui vous échappe sera toujours à portée de main, mais elle vous sera rarement offerte sur un plateau.
Interagir avec lui exige du respect.
Il n’y a pas de place pour la trivialité ou les menaces. L'Oracle vous aidera ou vous guidera, mais il le fera à sa manière. Soyez prêt à vous remettre en question, à accepter le fait qu’il ne répondra pas toujours selon vos attentes. Il est un être de connaissance infinie, un témoin silencieux de la réalité qui vous entoure.
Information à prendre en compte.
Adham est un homme aveugle. Par conséquent, il ne perçoit pas le monde avec ses yeux, mais cela ne l'empêche pas d'interagir à l'aide de d'autres méthodes spécialisées pour les personnes souffrant de cécité.


L’averse tombait sans relâche sur la ville, enveloppant les rues d’un voile brumeux où les réverbères projetaient des halos dorés. L’odeur de l’asphalte humide se mêlait à celle du café et du pain chaud s’échappant des boulangeries encore ouvertes. Loin du vacarme de Manhattan, ce quartier de New York vivait dans un autre tempo, plus lent, plus secret, comme un écho du passé dissimulé entre les ombres des grandes avenues. Les gouttes frappaient les auvents fatigués, ruisselaient le long des vitrines et se brisaient en éclats liquides sur le trottoir pavé. Entre les façades d’immeubles usés par le temps, une boutique se fondait dans le décor avec une élégance discrète, presque anachronique. Une plaque en laiton terni portait un nom gravé d’une écriture raffinée, mais effacée par les années. Derrière la vitrine, un kaléidoscope de rouages, d’aiguilles dorées et de cadrans miniatures reflétait les lueurs de la rue.À l’intérieur, l’atmosphère était feutrée, contrastant avec le tumulte extérieur. Une chaleur douce, presque réconfortante, flottait dans l’air, chargée du parfum du bois ciré et de l’huile fine utilisée pour entretenir les mécanismes délicats des montres anciennes. Ici, le temps n’était pas un simple concept, il était palpable. Il résonnait dans chaque tic-tac des horloges accrochées aux murs, dans chaque frémissement des aiguilles parcourant les cadrans avec une patience infinie. Derrière un comptoir en acajou, un homme était assis, sa silhouette taillée par l’ombre tamisée des lampes de bureau. Son costume sombre semblait absorber la lumière, dessinant une allure à la fois austère et mystérieuse. Une chemise déboutonnée au col brisait la rigueur du vêtement, un détail presque imperceptible, mais suffisant pour suggérer qu’il n’était pas un homme prisonnier d’un cadre figé.Ses mains effleuraient une montre à gousset, ses doigts parcourant la surface du boîtier avec une précision qui n’avait rien de mécanique. Ils glissaient sur les gravures minuscules, en lisaient chaque relief comme un langage secret que seul lui pouvait comprendre. Derrière ses lunettes opaques, il ne voyait pas, mais il savait. Il ressentait. Il interprétait le silence des engrenages avec une acuité qui dépassait la simple perception sensorielle.La clochette de la porte tinta doucement. Il n’avait pas besoin de lever les yeux pour savoir que quelqu’un venait d’entrer. Il l’avait senti avant même que la poignée ne s’abaisse, avant même que l’air de la boutique ne change imperceptiblement sous la présence d’un autre. Chaque visiteur portait en lui un rythme, une signature invisible dans le grand tissu du temps, et lui, il savait les reconnaître. Un léger silence flotta, suspendu dans l’instant. Puis, d’une voix posée, calme, il rompit le mutisme de la pièce.Bienvenue.Sa voix était un murmure grave, un écho qui semblait porter un poids bien plus grand que la simple politesse d’un commerçant. Il ne demandait pas ce que la personne venait chercher. Il savait déjà. Il savait ce qu’elle voulait, ce qu’elle attendait, et ce qu’elle ignorait encore devoir entendre. L’inconnu, resté immobile un instant sous l’embrasure de la porte, secoua légèrement son manteau trempé. Des gouttes d’eau s’écrasèrent sur le parquet en un bruit feutré. Il observa la boutique, les horloges qui, malgré leur diversité d’époques et de styles, semblaient battre à l’unisson dans un ordre invisible. Puis son regard se posa sur l’homme derrière le comptoir.Vous êtes... l’horloger ?Une esquisse de sourire, imperceptible.Parmi d’autres titres.Le visiteur hésita. L’atmosphère de la boutique avait quelque chose d’étrangement intime, comme s’il venait de pénétrer dans un sanctuaire où le temps lui-même se tordait sous une autre logique. L’horloger, lui, attendait, les doigts posés sur la montre à gousset qu’il tenait toujours. Il ne parlait pas pour remplir le vide, il laissait l’instant s’écouler à son propre rythme, sachant que tôt ou tard, chaque question trouvait sa réponse.Le client prit enfin une inspiration, comme s’il s’apprêtait à poser la vraie question qui l’avait mené ici.Mais l’horloger, avant même que les mots ne franchissent les lèvres de l’homme, déclara d’une voix calme :Vous cherchez quelque chose que vous avez perdu. Mais ce n’est pas un objet.Le silence s’épaissit, pesant d’un mystère indéchiffrable. Et à l’extérieur, sous la pluie, le monde continuait de tourner, ignorant tout de la danse invisible qui se jouait entre ces murs. Ce silence s’étira un peu plus, lourd et dense, jusqu’à ce que l’air lui-même semble suspendu, comme si même le temps hésitait à avancer. L’homme en face de l’horloger demeura immobile, un étrange mélange d’incertitude et de curiosité dans ses yeux. Il n’avait pas encore répondu à la remarque de l’horloger. Était-ce une question ? Une observation ? Ou quelque chose d’encore plus mystérieux ?L’horloger ne brisa pas le silence, il n’avait pas besoin de le faire. Il laissait le visiteur assimiler les paroles, comme un souffle suspendu dans la chambre des possibles. Puis, finalement, l’homme sembla se décider. D’un mouvement lent, il ôta son manteau trempé, le déposant sur une chaise près de la porte. La lumière, tamisée et chaude dans la pièce, accentuait la tension palpable qui flottait dans l’air. La clochette de la porte, qui avait encore résonné quelques instants auparavant, semblait déjà appartenir à un autre monde. Un monde où tout, ici, était régi par une règle simple : il fallait prendre son temps.Comment le savez-vous ? demanda finalement le visiteur, sa voix trahissant une note de perplexité. Il n'était pas totalement déstabilisé, mais il ne savait pas quoi penser de ce qui venait de se passer. Qui pouvait savoir cela, avant même qu'il ait prononcé un mot ? Qui pouvait connaître un tel secret sans qu’il n'ait rien révélé ?L'horloger, sans un geste, déposa la montre à gousset sur le comptoir et se redressa lentement. Ses mains, d'une agilité inattendue pour quelqu’un de soi-disant privé de l’un des sens les plus cruciaux, se glissèrent entre les différents objets posés sur la surface boisée, les touchant, les effleurant. Ses doigts semblaient lire dans les objets, comme un écrivain lisant une histoire en braille, découvrant chaque détail avec une concentration absolue. La montre à gousset, par exemple. Chaque éclat de son métal était un indice dans l’histoire de celui qui venait de la confier, chaque tic-tac, un mot de la conversation non dite.Vous êtes en quête, non d’un objet, mais d’une direction. De quelque chose que vous avez ignoré jusqu'à présent, mais que vous avez toujours cherché.L'homme se mordit la lèvre, incertain. Il s’approcha enfin du comptoir, ses pas feutrés sur le sol en bois. Il n’avait pas peur, mais il était… dérangé. Dérangé par la certitude de l’horloger. Il avait l’impression que chaque mouvement, chaque regard de ce dernier perçait le voile de ses pensées et révélait des fragments de son âme, aussi privés soient-ils. Il n’avait jamais cru en les pouvoirs surnaturels, pas avant ce jour. Pas avant ce moment précis où il s’était retrouvé face à cet homme qui semblait savoir tout de lui, et bien plus encore.Je… je ne comprends pas. Il se gratta la nuque, comme s’il cherchait ses mots. Pourquoi moi ? Pourquoi ce que je cherche ne semble pas… normal ?L’horloger, avec une lenteur mesurée, leva la tête, ses lunettes opaques dissimulant son regard, mais son aura était aussi puissante qu’un regard fixe. Il avait l’air de comprendre la question sans avoir à l’entendre. Une fraction de seconde s’écoula, suspendue dans l’atmosphère comme un battement de cœur. Puis, il répondit, simplement :Parce que chaque événement, chaque vie, chaque souffle, s’inscrit dans un réseau infini de possibilités. Vous n'êtes qu'une corde tendue dans cet océan. Mais ce que vous cherchez… c’est bien plus qu’une simple réponse. C’est une décision.Un frisson parcourut la peau du visiteur. Ses mains tremblaient légèrement, et il se força à respirer plus profondément. C’était comme si tout ce qu’il pensait connaître, tout ce qu’il avait compris jusque-là sur sa propre existence, s’effondrait lentement, remplacé par quelque chose de beaucoup plus vaste, beaucoup plus incompréhensible. L’horloger, toujours aussi implacable dans son calme, ne fit aucun mouvement. Il savait que l’homme devait digérer tout cela, qu’il n’avait pas besoin de plus de mots, juste d’un instant pour comprendre que tout ce qu’il avait perçu jusqu’à présent était révolu. Il n’était plus dans un simple monde de causalité ordinaire, mais dans un univers où le temps lui-même pouvait se plier, se tordre et se redéfinir.Le client déglutit, sa gorge sèche. Il ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun son n’en sortit. Il ferma les yeux un instant, comme s’il tentait de repousser cette prise de conscience qui lui rongeait l’esprit. Il savait que tout cela avait un prix, mais il n’avait aucune idée du coût réel de ce qu’il venait de découvrir. Au fond, derrière ses lunettes, l’horloger souriait, mais il ne laissa transparaître aucune émotion sur son visage. Il attendait. Il savait que la décision viendrait d’ici peu. Une décision qui, une fois prise, marquerait un point de non-retour dans le voyage de cet homme. Un voyage qu’il n’avait pas encore totalement compris.Mais ce qui importait, c’était qu’il était déjà trop tard pour revenir en arrière.


✶ . ࣪ ׅ Les Origines : Héritier d’une lignée ancienne

La nuit où Adham Lazauskas vint au monde, le ciel de Vilnius était déchiré d’éclairs violents, comme si la terre elle-même se convulsait sous la venue d’un être destiné à plier le réel à sa vision intérieure. C’était un 16 juin 1985, et la ville, assoupie sous le poids de siècles d’histoire et de mystère, n’eut conscience ni du présage, ni du destin qui venait de s’écrire à travers ce premier cri poussé par un nouveau-né. Dans une maison ancienne du centre historique, un bâtiment aux murs lézardés par le temps, sa mère, Aurelija Lazauskas, enfanta dans une chambre baignée d’ombres mouvantes, éclairée seulement par la lueur tremblante d’une bougie. Une femme à la beauté austère, profondément attachée à ses terres et aux croyances anciennes, poétesse qui croyait encore aux lumières de l’aube et aux contes où le destin pouvait être changé.Elle avait aimé Edgar Copley, un homme trop mystérieux, trop grave, mais qui parlait des choses invisibles avec une telle certitude qu’elle l’avait cru. Elle ne savait pas encore qu’on ne pouvait pas aimer un homme qui porte un fardeau plus lourd que l’amour. Il était l’Oracle avant lui. Un homme qui savait comment s’achèvent les histoires avant même qu’elles ne commencent. Il avait su qu’elle partirait avant qu’elle-même ne prenne la décision. Il avait su qu’elle lui donnerait un fils. Il avait su que ce fils prendrait sa place. Aurelija ne voulait pas croire à ces choses, mais la naissance d’Adham brisa ses doutes en éclats de verre.Car dès l’instant où ses paupières se soulevèrent sur le monde, il ne fut plus un simple nourrisson. Il était déjà l’Oracle en devenir, celui qui hériterait du fardeau qu’on lui avait préparé avant même sa conception. Héritier d’une lignée de veilleurs silencieux qui murmurent aux fils du temps, interprètes des destins gravés dans l’invisible.Les nuits devinrent étranges. Son enfant ne dormait presque jamais. Il restait éveillé dans son berceau, fixant un point invisible au plafond, parfois riant doucement dans le vide, parfois sanglotant sans raison. Car déjà, dans son sommeil d’enfant, les visions affluaient, insaisissables, se superposant à la réalité dans un amalgame confus de voix et d’ombres. À deux ans, il annonça la mort imminente d’un voisin en le regardant passer devant la maison. Le lendemain, l’homme tomba d’un toit. À six ans, il annonça la naissance d’un enfant avant même que la mère ne sache qu’elle était enceinte. À huit ans, il soufflait à sa mère.
"Tu as peur pour moi. Mais je vois déjà que tu seras là. Toujours."
Et elle serra les poings, se refusant à croire que son fils parlait déjà comme un homme accablé de siècles. Elle ne voulait pas le perdre dans cette brume de visions. Alors elle l’emmena loin du regard de son père.
Elle lui montra les bois où l’on peut courir sans penser au lendemain. Elle lui apprit le goût du miel et la chaleur du pain tout juste sorti du four. Elle le guida jusqu’aux rivières où l’eau oublie toujours où elle va. Elle lui dit que tout cela était aussi vrai que les ombres.
Mais même dans ces instants de lumière, le destin n’était jamais loin. Elle voyait son regard s’arrêter trop longtemps sur des visages inconnus, comme s’il voyait l’histoire de chacun avant même qu’ils ne prononcent un mot. Elle voyait ses sourires se ternir quand il percevait une issue inévitable.Et elle savait que chaque jour l’éloignait un peu plus d’elle.


✶ . ࣪ ׅ Le Rite de Passage : Sacrifier un sens pour en décupler d’autres

Quand il eut neuf ans, Edgar le rappela. Ce soir-là, Aurelija eut envie de l’arracher à ses bras, de l’emporter loin de cet homme et de ses vérités impitoyables. Mais elle savait que cette route était déjà écrite. Alors elle lui prit le visage entre ses mains, et le força à la regarder."Si tu perds tout, ne perds pas ça. Ce que tu es. Ce que je vois en toi."Il ne répondit pas. Mais il serra sa main plus longtemps que d’habitude. Puis il suivit son père.
Il fut conduit dans un lieu que peu de personnes avaient vu. Un temple souterrain, creusé dans la roche, caché aux yeux du monde. Il y retrouva son père, Edgar, debout devant un autel de pierre couvert de symboles anciens. Il lui expliqua que le moment était venu pour lui d’endosser son rôle pleinement. Mais il ne pouvait le faire tant qu’il restait prisonnier de la vue humaine. Car voir, c’est être distrait. L’œil est une barrière entre l’âme et la vérité. Alors, il devait sacrifier ce sens. Ce fut un rituel long et douloureux. On dit qu’il hurla, cette nuit-là. Que son corps convulsa, que la souffrance fut indicible. Mais quand tout fut terminé, il ouvrit les yeux sans voir. Son père, lui, tomba à genoux. Car il n’était plus l’Oracle. Il n’était plus rien. Il gagna l’abîme du savoir absolu. Et Aurelija ne put que l’accueillir à son retour, les bras ouverts, les larmes brûlantes sur les joues. Elle lui promit encore, encore, de ne jamais cesser d’être là. Et il la crut. Car elle était la seule vérité qu’il ne remettait jamais en doute.


✶ . ࣪ ׅ Une adolescence marquée par la douleur et l’isolement.

Les années qui suivent son accident sont une lutte perpétuelle, une guerre constante menée à la fois contre les obstacles physiques et les tourments de l'esprit. Sans la vue, Adham doit réapprendre chaque geste, chaque mouvement, comme un enfant qui fait ses premiers pas. Il se confronte à la réalité de son handicap, et plus encore, il doit dompter l'inconnu terrifiant de ses visions. À chaque pièce qu'il pénètre, l'avenir de ceux qui s'y trouvent se révèle à lui dans un flot ininterrompu, comme un torrent qui engloutit tout sur son passage. Il voit qui sombrera dans la maladie, qui nourrira des passions secrètes, qui verra son heure arriver. Son esprit est un océan déchaîné d'informations incessantes, un maelström qu'il n'a ni la force, ni les moyens de contenir. Ses crises sont violentes, souvent incontrôlables, une déflagration intérieure qui le convulse, l’étrangle. Chaque instant devient une épreuve de résistance face à la turbulence de ses perceptions. Cependant, il ne peut partager ce fardeau qu’avec ceux qui partagent son sang : sa mère, et son frère cadet, Levi. Levi, né neuf ans après lui, a été préservé de ce poids insoutenable, protégé des visions dévastatrices qui défigurent le monde d’Adham. Ce dernier, bien que souvent distant et hanté par ses propres démons, veille sur lui dans l'ombre, un gardien silencieux. Il éprouve pour Levi une affection muette, une sorte de protection farouche, une tendresse qu’il dissimule dans les replis de son esprit torturé. Bien que la vie qu’ils mènent soit rude, marquée par des rituels ancestraux et des attentes immenses, il éprouve, pour son frère, une forme de sacrifice sans mot, de dévouement discret, comme si l’amour fraternel était sa seule source d’humanité.Mais il aspire à la liberté, à une existence qui lui soit propre, loin de cette ombre qui pèse sur lui. Il choisit donc, un jour, de disparaître. Dans un souffle silencieux, il brise les chaînes invisibles qui le reliaient à la Lituanie et s’échappe, emporté par l’impulsion d’un jeune adulte en quête de sens. Il fuit la terre de ses ancêtres, déchire les liens qui le retenaient dans ce monde clos et opprimant. Il erre à travers l’Europe, à la recherche de son propre chemin, passant de l’Angleterre à la France, puis en Allemagne. Là, il goûte à la modernité, à la liberté d’une existence sans chants mystiques ni rituels nocturnes. Il découvre la modernité, un univers vibrant d’innovations et d’espoirs, un monde où il peut, pour la première fois, respirer sans crainte.Ce n’est que lorsqu’il pose le pied sur le sol de New York que, pour la première fois, il trouve un véritable ancrage. La ville, bruyante, tumultueuse, saturée de vies croisées, lui offre une forme de refuge, un anonymat qui lui permet enfin de respirer, de se fondre dans la foule sans être vu, sans être scruté. Là, au cœur de la cité qui ne dort jamais, il décide d’ouvrir une boutique. Un lieu étrange, à l’image de son âme. Un sanctuaire, un abri où le passé et l’avenir se croisent dans une danse étrange, où chaque objet semble posséder une histoire, une âme. Il y propose des consultations privées pour ceux qui, comme lui, cherchent à déchiffrer les ombres du destin, à comprendre les chemins invisibles qui les mènent. Ici, dans cette boutique silencieuse mais vivante, il trouve son équilibre. C’est dans ce chaos, dans cette ville d’apparence brute et sans âme, qu’il réussit enfin à retrouver une forme de paix intérieure.


✶ . ࣪ ׅ Aujourd’hui : L’Oracle en retrait, mais jamais absent

Derrière les vitres ternies et couvertes de poussière de sa boutique, l'Oracle demeure, une présence silencieuse, une silhouette figée dans le temps, veillant sur les âmes perdues qui s'aventurent à franchir le seuil de son sanctuaire. Ses yeux, désormais privés de la clarté du monde tangible, scrutent néanmoins l'invisible avec une acuité presque surnaturelle. Dans son refuge, il n'agit plus que comme un guide discret, un éclaireur pour ceux qui ont le courage ou l'intuition de chercher ses conseils. À ceux-là, il offre la sagesse qu'il porte en lui comme une vieille blessure, qu’il a longtemps tentée de dissimuler avant de comprendre qu’elle faisait partie de lui.Au cœur de New York, parmi les rues bondées, il ne semble être qu’un antiquaire aveugle, un vieil homme solitaire que l’on oublie aussi facilement qu’on le croise. Sa silhouette élancée, drapée dans des vêtements sobres mais d’une élégance discrète, se fond parfaitement dans l’ombre de la petite boutique qu’il gère. Un antre au décor mystérieux, où les objets anciens et les reliques de civilisations perdues semblent respirer un autre temps. La poussière recouvre les étagères comme un manteau de silence, et l'air qui flotte dans la pièce porte une étrange senteur d’encens et de vieux livres. L’Oracle, derrière le comptoir, est un murmure dans ce lieu empli d'histoires.Sa tête est couronnée de lunettes opaques qui dissimulent ses yeux, mais il n’est pas difficile de deviner qu’elles ne sont là que pour les yeux des autres. En réalité, derrière ces verres ternis, il voit plus que tout homme en ce monde. Ses yeux, privés de lumière physique, se nourrissent de l'énergie subtile qui circule dans l’air, des mouvements d’âme, des vibrations des mots non dits, des gestes hésitants et des cœurs battants. Il voit à travers l’esprit des gens, perçoit leurs vérités cachées, déchiffre les lignes invisibles qui lient les êtres entre eux. Ceux qui s’approchent de lui ne peuvent qu’être frappés par une sensation étrange, comme s’ils étaient vus dans toute leur profondeur, dans la totalité de leur essence, même lorsqu’ils cherchent à cacher la moindre facette d’eux-mêmes.
Mais l’Oracle ne révèle jamais tout. Il laisse une part de mystère, un voile d’ombre autour de lui, pour que ceux qui le cherchent ne se perdent pas dans la certitude. Ainsi, il reste un paradoxe vivant : un guide invisible dans le monde matériel, un témoin silencieux de l’éternité.